[CDURABLE.info l'essentiel du développement durable] : Vivre autrement : pour un développement durable et solidaire
Retour sur les Semaines Sociales de France
Vivre autrement : pour un développement durable et solidaire
mardi 20 novembre 2007
par David Naulin

Quel monde laisserons-nous à nos enfants, une planète épuisée, une humanité déchirée ou une manière de vivre ensemble renouvelée ?
Il a semblé essentiel aux chrétiens animant les Semaines Sociales de France d’apporter leur contribution à cet enjeu essentiel. La 82e édition des Semaines sociales de France (SSF) qui s’est déroulée les 17 et 18 novembre au Cnit (Paris-la Défense) n’a donc pas cherché à minimiser la gravité de la crise écologique dans laquelle l’humanité est durablement engagée. Scientifiques, économistes, théologiens, politiques parmi lesquels Denis Clerc (fondateur d’Alternatives économiques), Bertrand Collomb (président d’honneur de Lafarge), Luc Ferry (philosophe), Alain Juppé (ancien premier ministre), Alain Lipietz (député européen Vert),
Sir Nicholas Stern (rapport Stern publié en octobre 2006), se sont succédé pendant trois jours devant les 3300 participants pour dresser un état des lieux et surtout dessiner un « vivre autrement ». En effet, après le temps de la prise de conscience et celui du nécessaire dialogue était venu le temps du que faire ? Une question que beaucoup de participants ne voulaient pas éluder. Retour sur les principales interventions qui ont marquées ces rencontres.

Les conférences de la journée inaugurale de la 82ème édition des Semaines Sociales étaient consacrées au changement climatique et ses conséquences. Devant une salle comble, Michel Camdessus, président d’honneur des Semaines Sociales, après un discours inaugural, laissait la place à Jean-Marc Jancovici, spécialiste du changement climatique et des questions énergétiques.

Conférence de Jean-Marc Jancovici, spécialiste du changement climatique et des questions énergétiques « Nous sommes tous des nababs », lance Jean-Marc Jancovici. Ce polytechnicien attire là l’attention de l’auditoire sur la quantité astronomique d’énergie que consomme chaque individu dans les pays riches. Avec un certain sens de la formule, il cite sans détour les bouleversements aux conséquences désastreuses pour le climat : une forte hausse de la population mondiale, l’augmentation de l’énergie consommée par personne, surtout pendant les Trente glorieuses… Pour Jean-Marc Jancovici, l’heure est grave, et il n’hésite pas à dire les choses : "Le Club de Rome s’était essayé à une mise en équation de la vie humaine. La prolongation du système dans lequel nous vivons, ce ne peut être que son effondrement. Car le système se nourrit de la dégradation du capital naturel."

Au fond, ce que dit Jean-Marc Jancovici est aussi simple qu’effrayant : l’environnement est menacé, et les efforts que nous pourrons faire pour le protéger ne suffiront pas si on n’opère pas un changement fondamental du mode de fonctionnement de nos sociétés. Le message est clair : le fonctionnement de nos sociétés est par nature dangereux pour l’environnement. « Dès qu’il y a croissance, il y a augmentation des émissions de CO2 ». Jean-Marc Jancovici a livré une analyse d’une brutale vérité qui pourrait laisser croire au pessimisme. Mais il reste au contraire persuadé d’une possible amélioration de la situation. Ainsi , il s’est félicité que le Grenelle de l’environnement ait abordé la question de la taxe carbone.
- Vous pouvez visualiser l’intégralité de la Conférence de Jean-Marc Jancovici sur le site de l’émission Le Jour du Seigneur.

"Les pays riches doivent tenir leur promesse"

L’estrade a ensuite accueilli Nicholas Stern. L’économiste Britannique a abordé l’économie éthique, à la fois pour l’équité entre les générations, mais aussi au niveau de l’action mondiale à mener. Un propos très empreint du rapport entre les pays industrialisés et ceux en voie de développement. « Je ne peux pas expliquer aux Indiens qu’ils ne peuvent pas opérer leur développement à cause de l’état de la planète que nous, Occidentaux, avons polluée » : Sir Nicholas Stern résume ici l’enjeu de l’écologie dans les années à venir pour tous les pays du monde, ceux du nord comme ceux du sud. Pour l’ancien vice-président de la Banque mondiale, « les pays riches doivent établir des objectifs individuels, en tenant leurs engagements, pour établir une demande en matière de réduction. Parallèlement, les programmes de réduction des émissions de gaz à effet de serre doivent être conçus pour s’ouvrir au commerce avec les pays en voie de développement. »

L’objectif des Semaines sociales n’était pourtant pas de verser dans le catastrophisme. « Le titre de la session, “Vivre autrement, pour un développement durable et humain”, annonce un parti pris humain, une orientation marquée davantage par un élan de vie que par la crainte d’une catastrophe », souligne Jérôme Vignon, le nouveau président.

Ce parti pris s’est notamment décliné dans deux attentions : le souci que l’homme soit au centre de la réflexion écologique ; la volonté que la dimension collective et sociale des débats environnementaux ne soit pas oubliée.

Il n’était donc pas question d’aborder la problématique écologique en laissant de côté les questions de justice sociale. Dans cette perspective, Denis Clerc, économiste et fondateur du magazine Alternatives économiques, a rappelé le coût social très différencié d’une action sur les prix de l’énergie : pour les plus aisés, la hausse nécessaire du coût de l’énergie se fera sans douleur, alors qu’elle sera dramatique pour les plus défavorisés. « La présence de l’État comme guide et comme contrainte va être décisive pour relever les défis qui sont devant nous », a-t-il plaidé.

Tout au long de cette session, fidèles à leur inspiration chrétienne, les Semaines sociales se sont interrogées sur le sens des changements à inventer. « La question n’est pas d’abord “Que devons-nous faire ?” mais “Que voulons-nous être ?, a souligné le dominicain Jacques Arnould, théologien et scientifique. Si nous avons une colonne vertébrale, alors nous pourrons subir une cure d’amaigrissement ! »

Devant l’ampleur des changements à accomplir, les participants des Semaines Sociales de France n’ont fait le choix ni du conservatisme ni du pessimisme. « Selon nous, il ne faut pas voir dans le développement durable seulement la gestion de la pénurie ou un manque à consommer ou à produire, ont-ils écrit dans leur déclaration finale. Il ne s’agit pas de freiner pour durer plus longtemps, mais de saisir l’opportunité qu’offrent de nouveaux styles de vie pour le développement de relations humaines plus fraternelles, plus diversifiées, plus accueillantes aux potentialités créatrices de chacun. »

Pour en savoir plus : Semaines Sociales de France 2007

- Une question mondiale à implications locales : Conférence de Laurence Tubiana, directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales, ancienne conseillère chargée de l’environnement auprès du Premier ministre

ps :

Sources : La Croix (édition du 18/11/2007 - Lire l’article Les Semaines sociales au chevet de la planète d’Elodie Maurot) - Le Jour du Seigneur - Le site des Semaines Sociales de France