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Humain - Contribution Sociale
Progrès vs développement durable ?

Le progrès peut tuer

Un rapport de l’ONG Survival

lundi 28 juillet 2008
Posté par juliette

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Imposer le « progrès » aux peuples indigènes leur apporte rarement longévité ou bonheur. En réalité, les conséquences sont désastreuses.
Le respect de leurs droits territoriaux est de loin la meilleure garantie de leur bien-être. Une synthèse en français du rapport de Survival « Le progrès peut tuer », sur les effets dévastateurs de la privation de terre pour les peuples indigènes, est disponible gratuitement en PDF.



Jamais la notion de « progrès » n’a été aussi peu remise en question qu’aujourd’hui ; le progrès est tout simplement considéré comme étant
souhaitable pour tous.

Les conceptions actuelles du progrès datent de l’époque coloniale, du temps où le fait de s’approprier les ressources et la main-d’oeuvre
s’autojustifiait par une supposée action civilisatrice.

Mais, qu’est-ce que le progrès ?

Pour les habitants les plus pauvres des nations les plus pauvres, ses
principaux piliers sont l’éducation qui – ils l’espèrent – les conduira à plus de richesse, et les soins de santé qui – ils l’espèrent – leur donneront une vie plus longue.

L’approche selon laquelle « le progrès peut tuer » ne remet pas cela en question : nul doute que certains voient en effet leurs rêves s’accomplir, mais d’autres ne font que sombrer plus profondément dans la pauvreté.
Il en va autrement pour les peuples indigènes, en particulier pour ceux qui ont peu de contact avec l’extérieur. Leur imposer le « progrès » ne leur apporte jamais une vie plus longue ni plus heureuse, mais les
condamne au contraire à une existence plus courte et
plus morne dont la seule issue est la mort.

Bien des
peuples ont été ainsi détruits et bien d’autres restent
sous la même menace. Certains en ont pris conscience
et choisissent de rester isolés. D’autres entretiennent
une relation plus étroite avec l’extérieur – certains
d’entre eux reçoivent des soins de santé qui tentent
d’endiguer leur anéantissement. Mais il y a là un cercle
vicieux mortel, car même dans les pays les plus riches,
aucun des soins « modernes » mis à la disposition des
peuples indigènes ne saurait être suffisant pour contrer
les effets de la perte de leurs terres et des maladies
importées.

Cette étude ne nie pas le génie scientifique ni ses
accomplissements, elle ne s’accroche pas à une vision
romantique d’un âge d’or mythique. Il n’est pas
question non plus ici d’un rejet du changement ; toutes
les sociétés sont en constante évolution.

Il est cependant indéniable que les peuples indigènes
qui vivent sur leurs propres terres et contrôlent leur
propre adaptation à un monde en perpétuelle évolution
sont pauvres, certes, en termes monétaires, mais que
leur qualité de vie et de santé est souvent notablement
meilleure que celle de leurs compatriotes.

Les indicateurs montrent que lorsque les populations
indigènes sont déplacées de leur terre, leur santé et
leur bien-être s’effondrent et, dans le même temps, le
taux de dépressions, de dépendance et de suicides
s’accroît considérablement. Ce sont là des faits
indubitables.

De récentes tentatives pour évaluer le « bonheur » dans
différentes populations ne surprennent en rien les
personnes familières des communautés indigènes
contrôlant encore leur propre mode de vie ; les
milliardaires les plus riches au monde ne sont pas plus
heureux que n’importe quel berger massai du Kenya.
Les programmes d’intervention qui entraînent
l’expulsion des peuples indigènes hors de leurs terres
et imposent le « progrès » causent une misère inouïe.

Ce n’est guère surprenant : le « progrès » – la
conviction que « nous » savons mieux – rejoint le
colonialisme en ce que tous deux ont pour effet de
spolier les terres et les ressources. Les peuples
indigènes n’y survivent pas [1]. Quand, à l’inverse, ils choisissent leur propre développement sur leur propre
terre, ils prospèrent.

« Ce que nous sommes réellement
en train de faire est un crime.
Lorsque j’entre en contact avec les
Indiens, je sais que j’oblige une
communauté à faire le premier pas
qui les conduira à la faim, à la
maladie, à la désintégration,
souvent à l’esclavage, à la perte de
leurs traditions et, en fin de compte
– ce qui arrivera beaucoup trop
vite – à la mort dans une misère
absolue. »

Antonio Cotrim, FUNAI (Département
des affaires indiennes du Brésil), 1972.

Le progrès a apporté aux populations aborigènes d’Australie le
déplacement forcé, l’appauvrissement et la destruction de leurs
communautés.

Par rapport aux autres Australiens, les Aborigènes ont :

- 6 fois plus de risque de mourir étant enfant ;
- 6 fois plus de risque de mourir d’une attaque ;
- 8 fois plus de risque de mourir d’une maladie pulmonaire ou
cardiaque ;
- 22 fois plus de risque de mourir de diabète.

Leur espérance de vie est de 17 à 20 années inférieures
à celle des autres Australiens à la naissance.

Les peuples indigènes qui vivent librement sur
leur propre terre et qui décident eux-mêmes de
leurs propres vies, sont en bien meilleure santé
que ceux qui ont été déracinés et à qui l’on a
imposé le « progrès ». S’ils souffrent de maladies
introduites par le monde extérieur, ils ont besoin
de soins appropriés, délivrés avec respect et
sensibilité. Lorsque le lien avec leur terre et leur
identité a été détruit, les peuples indigènes
souffrent du racisme et du choc culturel. Le plus
efficace de tous les remèdes est de les aider à
reconstruire ces liens. Il s’agit là de simple bon
sens. Mais le principal obstacle rencontré par les
peuples indigènes est la notion archaïque
– véhiculée par les gouvernements et de
nombreuses organisations d’aide – selon laquelle
leur problème résiderait dans une absence de
progrès. Or, ce n’est pas le cas.

L’actrice Julie Christie s’est jointe à Survival pour lancer une campagne en faveur des dernières tribus isolées, avec un film présentant des séquences inédites de certains des peuples les plus menacés de la planète (en anglais).

« Ce n’est pas que les Yanomami ne veulent pas du progrès, ou
d’autres choses que les Blancs possèdent. Ils veulent
simplement avoir la possibilité de choisir et refusent d’être
poussés au changement, qu’ils le veuillent ou non. Je ne dis
pas que je suis contre le progrès. Je pense que c’est une bonne
chose lorsque les Blancs viennent chez les Yanomami pour
enseigner la lecture et l’écriture et d’autres façons de planter et
d’utiliser les plantes médicinales. Pour nous, c’est cela le
progrès. En revanche, nous ne voulons pas des compagnies
minières qui détruisent les forêts et des orpailleurs qui
apportent de nombreuses maladies. Ces Blancs doivent
respecter notre terre yanomami. Les mineurs apportent les
armes à feu, l’alcool et la prostitution et détruisent toute la
nature où qu’ils aillent. Pour nous, cela n’est pas le progrès.
Nous voulons le progrès sans la destruction. »

Davi Kopenawa, chamane yanomami, Brésil , 2003.

[190% de la population amérindienne a disparu après être entrée en contact avec les Européens,
principalement en raison du choc épidémiologique.
D’autres peuples ont été entièrement exterminés.

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