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Hélène Nikolopoulou | NCRS

Développement Humain et Santé du Développement

Une Finalité non Sécable de la Praxis de Responsabilité

mercredi 13 août 2008
Posté par behnassi

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Cet article scientifique s’inscrit dans le cadre des projets de recherches adoptés par le Centre Nord-Sud de Recherches en Sciences Sociales-NRCS. Il a été préparé par Hélène Nikolopoulou, Maître de Conférences, Université Lille 3 et Membre du Conseil Scientifique du NRCS.

Les résultats de cette recherche ont été présentés au Colloque : "Santé, Environnement et Développement Humain Durable" qui a été organisé en mai 2008 à Agadir par la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de l’Université Ibn Zohr (Agadir, Maroc) en partenariat avec le Centre Nord-Sud de Recherches en Sciences Sociales.



Résumé :

Le but de cet article est de montrer que l’accomplissement effectif du développement humain ne peut se réaliser concrètement que par son enracinement dans la politique générale et par sa cristallisation structurelle dans le fonctionnement global des organisations publiques et/ou privées (entreprises, administrations, enseignement, collectivités locales, etc.). Cet enracinement structurel nécessite, à son tour, un changement à la fois conceptuel et pratique que le paradigme de praxis de responsabilité permet, d’une part en positionnant résolument le développement humain au cœur des pratiques managériales et, d’autre part, en créant les conditions objectives et en mettant en place des moyens justes et efficaces de gestion et de valorisation.

En s’inspirant de la pensée aristotélicienne et notamment du couplage médiété/médiation, dont nous analysons les caractéristiques intrinsèques et les apports croisés, nous l’utilisons comme matrice conceptuelle et opérationnelle dans une double perspective, comme outil de redéfinition des acceptions classiques de l’acteur, de l’action et de la responsabilité et comme outil de transformation des représentations, des modes d’agir et des rapports relationnels. Les caractéristiques intrinsèques de la médiété [1], à caractère socio-anthropolitique et téléologique, lui accordent le statut d’une ligne de conduite, d’un mode d’agir et de rapports relationnels tandis que la spécificité de son fonctionnement comme moyen de déstructuration et de restructuration lui accorde le statut d’une conception réorganisatrice des représentations. Ce double statut confère à la médiété le rôle de pratique régulatrice et transformatrice. C’est grâce à cette double qualité que la médiété a une utilité méthodologique et opérationnelle dans la mesure où son intégration comme médiation (tiers inclus) dans les situations d’action et dans les représentations des acteurs permet d’apporter tant des redéfinitions sur le plan sémantique (conceptuel) que des transformations sur le plan pratique (modes d’agir). Le couplage médiété/médiation comporte ainsi les ingrédients conceptuels et opérationnels pour redéfinir les notions d’acteur, d’action et de responsabilité et notamment pour combler la scission fondamentale des acceptions classiques de la responsabilité avec les éléments constitutifs de la praxis. La praxis de responsabilité se pose ici comme un nouveau paradigme apte à répondre aux enjeux de la valorisation du développement humain.

La praxis de responsabilité dispose d’un nouveau cadre de référentiels et d’action dont l’application au sein des institutions permet non seulement la valorisation du développement humain mais aussi la valorisation des acteurs chargés de le gérer en assurant à la fois la santé de la vie humaine, la santé du développement humain, la santé du développement, de la démocratie et de la civilisation. La praxis de responsabilité appliquée au développement humain pose dès le départ son parti pris, ses lignes de démarcation et sa ligne de conduite, traduite par la considération du caractère insécable de la "valorisation du développement humain - santé du développement" et par la concrétisation non sécable dans les faits. Le caractère insécable de la "valorisation du développement humain - santé du développement" est le parti pris de la praxis de responsabilité et il détermine sa ligne de conduite sur deux axes. Le premier axe préconise l’unité organique entre les éléments constitutifs de la santé du développement et les éléments constitutifs de la valorisation du développement humain, à savoir que la valorisation du développement humain se réalise au moyen des mêmes référentiels que ceux de la santé du développement. Cette consubstantialité signifie explicitement que le développement humain n’est pas une valeur abstraite, une donnée a priori ou un principe sans action mais une valeur en soi et un potentiel de valorisation à construire dans et par la création des mêmes conditions que celles assurant la santé du développement. Le deuxième axe de la praxis de responsabilité est le passage du caractère insécable à l’accomplissement non sécable dans les faits, ce qui implique la mise en place du processus de déstructuration / restructuration : déstructuration des obstacles qui freinent ce passage et restructuration d’une ligne de conduite contextualisée réunissant un cadre de référentiels communs et sains, un cadre pluriel d’action et un cadre de missions renouvelées des acteurs.

Les référentiels de l’espace de médiété/médiation à caractère socio-anthropolitique et téléologique constituent, à cet égard, le terrain propice de la santé du développement et le levier opérationnel de la valorisation du développement humain. L’espace de médiété/médiation est en effet le terrain naturel et propice de la responsabilité en triple boucle qui n’est pas conçue en termes d’assignation et d’exécution des rôles et des tâches mais en termes de pédagogie des représentations et stratégies d’acteurs, des modes d’agir et d’interagir, des modes de rapports relationnels avec soi, avec et pour autrui. La responsabilité en triple boucle, enracinée comme structure et règle de conduite dans la politique générale et dans le fonctionnement global de l’entreprise, diffuse une culture du dialogue et de décision permettant ainsi à l’entreprise de gagner une double légitimité à la fois comme acteur de régulation interne et comme acteur de régulation externe en externalisant les résultats de son action sur le système écologique et socio-économique global.

Les référentiels de l’espace de médiété/médiation véhiculent également une conception de valorisation du développement humain qui déstructure les représentations déformatrices en termes de charité et les restructure en termes d’autonomisation et d’émancipation, ce qui confère au développement humain la capacité d’être, lui-même, l’acteur et le producteur de la politique de la civilisation, de la gouvernance démocratique et de la santé du développement. La valorisation du développement humain est en effet le produit d’une ligne de rupture contre les pathologies tous azimuts qu’il s’agisse des inégalités sociales, de l’inégalité des sexes, des représentations étriquées, des rapports de domination. Le rôle de la praxis de responsabilité est de faire de la lutte contre ces pathologies une des priorités principales puisque leurs causes sont invisibles mais leurs effets pervers sont parfaitement et nettement visibles, palpables et mesurables tant sur le plan économique que sur le plan de la santé de la vie humaine. La lutte pour le développement humain et la lutte pour la santé du développement est une finalité non sécable de la praxis de responsabilité.

Mots clés : Développement Humain, praxis de responsabilité, management, conditions de travail, inégalités sociales, intérêt général

Pour tout contact : helene.nikolopoulou@orange.fr


Liens utiles :

Directeur du Centre Nord-Sud de Recherches en Sciences Sociales, Mohamed BEHNASSI est Docteur en Droit International de l’Environnement, Professeur à la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales de l’Université Ibn Zohr (Agadir, Maroc) et Consultant international en RSE.

Pour plus d’information sur le NRCS

Revue de Droit et de Sciences Sociales : Appel à contributions

[1L’éthique de la médiété défend l’idée selon laquelle, la vertu est toujours un milieu entre deux contraires, l’un par excès l’autre par défaut. Par exemple, le courage est le juste milieu entre la témérité (contraire par excès) et la lacheté (contraire par défaut). De même la libéralité est un juste milieu entre la prodigalité (contraire par excès) et l’avarice (contraire par défaut).
Ainsi l’homme juste est celui qui en toute chose sait discerner la voie moyenne et agir selon la mesure. Il agira " comme il faut, quand il faut et où il le faut ".
Ethique réaliste et empiriste, la théorie du juste milieu est élaborée par Aristote dans son Ethique à Nicomaque. C’est dans cet ouvrage, en effet, qu’il définit la vertu comme juste milieu entre deux contraires, l’un par excès l’autre par défaut et se démarque de son maître Platon qui considérait que le principe de la vie éthique est à rechercher non pas dans l’expérience, toujours contingente et aléatoire mais dans le " monde des idées ".
Remise au goût du jour par Saint-Thomas, qui en un sens a christianisé la pensée d’Aristote, l’éthique de la médiété et du compromis est peut-être celle qui correspond le mieux au point de vue du sens commun.

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