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Finance - Contribution Economique

La finance a tourné maboul par Alexandra Voinchet pour MoneyWeek

mardi 30 septembre 2008.
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◊ Le système financier marche sur la tête

◊ La chute du Wall Street

◊ Relisons les fables de La Fontaine

"Les financiers ont inventé des produits qui ne géraient pas le risque mais le créaient", résumait la semaine dernière le Prix Nobel Joseph Stiglitz, dans un entretien au journal économique El Pais. Pas de chance, en multipliant de prétendues idées de génie, comme les subprime, les cadors de Wall Street pensaient justement se débarrasser des éléments qu’ils savaient pertinemment mauvais. Mais la "dilution" du risque via la "titrisation" et l’éparpillement des avoirs risqués n’a pas fonctionné. Décodage : on a mis les "trucs pourris" sous le tapis, la boulette a grossi et on a fini par se prendre les pieds dedans. Aie !

Les zinzins de la finance

Le dernier à trébucher a été Fortis. Devant la débandade annoncée du groupe bancaire, le Benelux a bricolé une nationalisation partielle. Et sorti 11,2 milliards d’euros pour en prendre le contrôle. En échange, Fortis devra céder la banque ABN Amro qu’elle avait acquise il y a un an, pile poil au début de la crise financière.

Solution d’urgence à situation d’urgence. Pas question de laisser tomber le pion Fortis et s’écrouler le jeu de dominos. Fortis est l’une des vingt plus grandes banques d’Europe. Elle concentre à peu près la moitié des dépôts bancaires de la Belgique. Aux Pays-Bas, c’est la deuxième institution financière.

Autres déboires : chez Bradford & Bingley. Inconnu chez nous jusqu’à ce week-end, le prêteur hypothécaire britannique a été en partie nationalisé, comme l’avait été la banque Northern Rock en février dernier. C’est la solution à la mode. Tout comme les "ventes privées" : le groupe espagnol Santander va reprendre les dépôts de clientèle et 200 succursales de B&B. pour la somme de 503 millions d’euros.

La semaine dernière, Washington Mutual a également été repêchée. La première caisse d’épargne américaine a été rachetée par J-P. Morgan Chase. Cette dernière, qui est décidément dans les bons coups, doit reprendre les activités bancaires de Wamu : pour 1,9 milliard de dollars, J-P. Morgan Chase récupère 188 milliards de dollars de dépôts et son réseau d’agences. Et devient le numéro un américain des cartes de crédit.

C’est en revanche une moins bonne affaire pour les créanciers de Wamu et ses actionnaires. J-P. Morgan Chase n’a en effet pas voulu reprendre la dette de Wamu, pas folle la guêpe. Ce sont 14,4 milliards de dollars qui partent en fumée. En échange, on promet que le contribuable ne déboursera pas un dollar de sa poche.

Et AIG ? Pour rembourser sous deux ans les 85 milliards de dollars reçus du Trésor au taux de 8,5%, l’assureur new-yorkais va devoir se déshabiller et vendre certaines activités. Comment AIG pourra-t-il éponger sa dette en travaillant moins donc en gagnant moins ? Le prêteur semble avoir déjà tiré un trait sur cet argent : il a prévu de s’accaparer 80% du capital d’AIG en cas de non remboursement. AIG paiera ses autres créanciers, voire ses actionnaires s’il lui reste un petit quelque chose, mais il ne faut pas rêver.

On promet de l’argent pour remplir des paniers percés. Mais d’où vient cet argent ? Qui est l’usurier ? Qui paiera ? Les réponses sont presque trop simples. Cet argent sera crée de toutes pièces, c’est le cas de le dire. En finance, on dit "faire marcher la planche à billets" — la belle image. Le coût de l’affaire sera sans doute très élevé quand on connaîtra enfin le réel droit d’usure. Et ce seront les petits impôts des contribuables américains — petits car les Américains vont devenir moins riches et donc payer moins d’impôts — qui renfloueront les caisses. Bref, ça sent l’arnaque.

Wall Street est devenu le royaume de la naïveté feinte et du "sauve qui peut, moi d’abord". Il faut du cash, vite, pour faire tourner les machines. On colmate d’abord, on se penchera sur les hoquets de la mécanique après, disent-ils.

Wall Street a la mémoire qui flanche
Il est pourtant grand temps de réformer le modèle. A croire que les multiples avertissements depuis septembre dernier n’avaient pas suffi. Mais, une fois le couteau sous la gorge, c’est autre chose.
"La crise de Wall Street est au marché ce qu’a été la chute du Mur de Berlin au communisme", prévient le Prix Nobel. Filons la métaphore. Jusqu’à il y a encore quelques jours, on vivait dans le socialisme financier et on ne s’en rendait pas compte. Les banquiers de la planète avaient réécrit l’Internationale à coup de rimes en subprime et CDS. Mais cette époque est finie, assène Joseph Stiglitz. Nous en sommes à l’ "An I après les subprime".

La Russie a hérité des dettes de l’URSS. Nous n’échapperons pas aux nôtres. Inutile donc de s’en rajouter sur le dos. Pourtant, nos grands décideurs ont la mémoire courte. On a soigné la bulle de l’Internet par des traitements dont on subit actuellement les effets secondaires. Allez comprendre qu’aujourd’hui, on refasse les mêmes erreurs.

Allez comprendre également que l’on appelle à sanctionner les coupables. Déjà il faudrait les trouver. Quand bien même, avec quel argent paieront-ils l’amende ? En demandant un prêt au gouvernement ?

Les sauveteurs de la finance mondiale perdent leur temps sur de mauvaises questions auxquelles seront faites de mauvaises réponses. Il faut regarder plus loin que le bout de la lorgnette. Quel monde veut-on laisser à nos enfants ? Chaque bébé américain va naître avec une dette de 3 800 dollars à rembourser à l’Etat. Un sacré handicap. Pour le nouveau-né, les "30 Glorieuses" seront bientôt de l’Antiquité.

Vive les fourmis
Les Français ne sont pas mieux lotis. Rien que la dette publique laisse à chacun de nous une ardoise de 20 000 euros environ. Il ne manquerait plus que nos banques nous plument également davantage.

On a beau dire qu’elles résistent, que leur modèle basé sur la banque de dépôt, c’est-à-dire sur nos sous, est plus costaud, qu’elles ont limité la casse dans les produits financiers plus "exotiques", ce n’est pas non plus la panacée.

La Société Générale, qui nous a causé bien des frayeurs en début d’année, affirme se porter plutôt bien. En fin de semaine dernière, la banque avait réuni tout le gratin de la presse pour une opération séduction. Pour le patron de la banque de financement et d’investissement de la Générale, jusqu’ici, les "changements" du marché "ont été favorables plutôt que défavorables" à ses activités. Nous voilà rassurés !

Pourtant, la semaine dernière, on en était à calculer combien allait coûter la faillite des frères Lehman. Chez les quatre banques cotées à Paris, on chiffre la perte à 1 530 millions d’euros. La crise des subprime a coûté 18 milliards d’euros aux banques tricolores. Malgré tout, BNP Paribas affiche fièrement 1,5 milliard d’euros de profits au deuxième trimestre, après 2 milliards d’euros au premier... En revanche, chez la britannique HSBC, on vire 1 100 personnes dans les succursales mondiales des activités de marché. Crédit agricole et Natixis font profil bas.

Et la banque de dépôt, la fameuse roue de secours, dans tout ça ? Elle peine, ne nous trompons pas. N’oublions pas qu’HSBC France a vendu ses filiales régionales au groupe Banque populaire en début d’année.

Au guichet de la Générale, les prêts se font plus difficiles à obtenir. La banque refuse de parler de credit crunch, terme jargonneux pour désigner une restriction sévère de l’offre de crédit. "Ce n’est pas l’offre qui se réduit, c’est la demande" des ménages, argumente-t-on dans les hautes sphères de la banque de détail rouge et noire. Ben voyons. Et les taux, ce sont peut-être les particuliers qui les poussent à la hausse ?

On n’en est tout de même pas au point de se précipiter dans les agences pour retirer nos billes et les cacher sous le matelas. En France, "tout le monde peut s’accorder pour dire que les banques françaises sont en situation de risque moins grand qu’aux Etats-Unis ou même dans d’autres pays européens", déclarait hier Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, à la radio. Merci M. Guéant, nous voilà tous rassurés !

Au pire, la loi protège nos économies dans la limite de 70 000 euros par compte courant, livret ou PEA. A 4%, le livret A n’est finalement pas un mauvais placement. Mieux vaut toutefois éviter d’ouvrir un compte chez Fortis."La cigale, ayant chanté tout l’été…" Les huiles de la finance feraient bien de relire La Fontaine.

Alexandra Voinchet pour MoneyWeek

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Voir en ligne : MoneyWeek


 

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